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La situation des migrants à Calais

Comment résoudre le problème ?


PLAN :

 

1. L'origine du problème.

 

2. Pourquoi les migrants de Calais veulent-ils absolument aller en  Angleterre ?

 

3. Mais puisque l'Angleterre ferme sa porte, pourquoi tant d'obstination à tenter d'y entrer quand même ?

 

4. Comment a-t-on tenté de résoudre le problème ?

 

5. Quelles pistes explorer pour débloquer une situation qui, en l’état actuel, semble inextricable ?

 

6. La contribution du Secours Catholique.

 

 

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1. L'origine du problème


La Convention de Schengen signée en 1999 définit l'espace Schengen, qui abolit les frontières intérieures de l'Union Européenne et permet la libre circulation des personnes entre tous les pays de l'Union Européenne, tous les pays sauf l'Irlande et le Royaume Uni, qui n'ont pas voulu signer cette convention.


Pour le Royaume Uni, le seul règlement qui prévaut est le règlement Dublin II adopté en 2003. C'est un règlement européen qui détermine quel État membre de l'Union européenne est responsable d'examiner une demande d'asile et qui prévoit le transfert d'un demandeur d'asile vers cet État membre. Habituellement, l'État membre responsable sera l'état par lequel le demandeur d'asile a premièrement fait son entrée dans l'UE.


Cela signifie que tout migrant qui parvient à pénétrer dans l'espace Européen (le plus souvent en passant par l'Italie, l'Espagne ou les pays de l'Est), est libre de circuler dans toute l'Union Européenne, sauf l'Irlande et le Royaume Uni. Ils peuvent bien sûr être reconduits dans l'Etat de l'Union Européenne qui les a laissés entrer. Mais cela est difficile à mettre en oeuvre parce que ce système produit une répartition inégale des demandes d'asile entre les États membres et que des pays comme l'Espagne ou l'Italie sont déjà saturés.


Pour compliquer encore le problème, beaucoup de ces migrants (Erythréens, Soudanais, Libyens, Syriens, Iraniens, Kurdes, Afghans) veulent aller en Angleterre parce qu'ils sont persuadés que c'est le pays qui offre les meilleures possibilités d'intégration. Ils sont donc bloqués à Calais parce que l'Angleterre est malheureusement l'un des deux seuls pays de l'UE, qui ne veut pas les laisser entrer, et ils peuvent difficilement être reconduits en Italie ou en Espagne pour la raison indiquée plus haut, et encore moins dans leurs pays d'origine car ce sont des pays en guerre, ou qui connaissent l'opression politique, ou une autre calamité...

 


2. Pourquoi les migrants de Calais veulent-ils absolument aller en Angleterre ?


La culture : Beaucoup de ces  migrants  viennent d'anciennes colonies britanniques. Ils se sont donc imprégnés de la culture britannique alors que la culture française leur est totalement étrangère.


La langue : La plupart d'entre eux ont au moins quelques rudiments d'anglais, ce qui leur permettra de communiquer, de se faire accepter, de trouver plus facilement du travail…


Un point d'ancrage : Beaucoup d'entre eux ont un parent, un ami ou une connaissance de leur nationalité qui est déjà en Angleterre, qui les attend et qui est prêt à les aider, ce qui n'est pas le cas en France.


Une communauté : Non seulement ils ont souvent quelqu'un qui les attend en Angleterre mais ils savent qu'ils y trouveront aussi une communauté de leur nationalité qui s'est reconstituée là-bas. Or une communauté qui vous accueille, qui vous soutient, qui fait que vous n'êtes plus un individu isolé, c'est aussi important sinon plus que tous les avantages matériels…


Les papiers : Les anglais sont vraiment une nation à part dans l'Europe : non seulement ils continuent de conduire à gauche, mais toutes leurs lois sont différentes. En France, tout citoyen doit avoir une carte d'identité ou un passeport pour justifier de son identité. Sans carte d'identité, vous ne faites pas partie de la société, vous n'avez pas d'identité, vous n'êtes pas quelqu'un, vous n'existez pas. En Angleterre, la plupart des gens n'ont pas de carte d'identité, vous pouvez vivre toute votre vie sans jamais avoir eu de papiers d'identité. Un migrant qui n'a pas de papiers, n'est donc pas différent des autres, il est quand même quelqu'un et il n'a pas, à tout moment, la hantise qu'on lui réclame des papiers qu'il n'a pas et faute desquels il risque d'être reconduit dans son pays d'origine.


Le droit d'asile : En France les formalités pour faire une demande d'asile sont longues et compliquées. En Angleterre, dès qu'un migrant a mis le pied sur le sol britannique, il peut faire une demande d'asile selon une procédure simplifiée et du jour au lendemain, il n'est plus un migrant mais un demandeur d'asile, avec tous les avantages que cela comporte.


Le travail : C'est vrai qu'en Angleterre comme en France, quelqu'un qui n'est pas originaire de la Communauté Européenne a certes le droit de résider et même de percevoir des avantages sociaux, mais il n'a pas le droit de travailler. La différence entre les deux pays, c'est que les anglais sont des gens pragmatiques… ils savent que les migrants sont prêts à faire les travaux qu'aucun anglais n'accepterait de faire et pour un salaire très en dessous du salaire minimum autorisé, qu'aucun anglais n'accepterait. Alors les anglais ferment plus facilement les yeux sur le travail au noir que les français. Les migrants peuvent donc plus facilement qu'en France, trouver à s'occuper et arrondir leurs fins de mois ou mieux encore, envoyer un peu d'argent à ceux qui sont restés au pays, des parents âgés ,une femme, des enfants …


Et puis au-delà de toutes ces raisons bien palpables,

il y a des raisons irrationnelles :


Le Bout du Monde : Ces gens ont quitté leur pays tellement ils y étaient malheureux, certains ont remonté toute l'Afrique, souvent à pied, négocié avec les passeurs qui les ont arnaqués, traversé la Méditerranée sur des embarcations de fortune qui ont parfois chaviré à quelques centaines de mètres des côtes, Après avoir quand même échappé au naufrage, ils ont connu les camps de rétention, ils ont réussi à passer en Italie, à traverser toute la France, passant par des régions inconnues, étrangères parfois hostiles, qui les rejette ou qui les ignore, souffrant de la faim et exposés à toutes les intempéries, et ils arrivent enfin à Calais… et de l'autre côté de la Manche, il y a la destination ultime, la Terre Promise, le rêve absolu, l'Angleterre.


Une Image : La France est la première destination touristique du monde. Elle attire les touristes, pourquoi ? C'est comme ça ! La France a su, au cours des siècles, rayonner à travers le monde, une certaine image d'elle-même, qui fait que tous les touristes du monde veulent la voir. C'est irrationnel. L'Angleterre attire les migrants pour la même raison, irrationnelle : elle a sur rayonner à travers le monde une certaine image d'elle-même : Les migrants la voient comme le seul pays du monde qui n'est plus un enfer, un pays où on peut vivre comme un être humain, un pays où on peut enfin être heureux.


Le fruit défendu : Il suffit que quelque chose soit défendu pour qu'on ait envie de le faire ou de l'avoir, c'est bien connu. L'Angleterre est le seul pays de l'UE qui ferme sa porte, alors les migrants veulent y aller…

 


3. Mais si l'Angleterre ferme sa porte, pourquoi tant d'obstination à tenter d'y entrer quand même ?


Parce que les migrants savent que c'est possible et on estime qu'environ une quinzaine d'entre eux entrent, chaque jour, en Angleterre. Comment font-ils ? Tout le monde le sait, ils se faufilent dans un camion en partance pour l'Angleterre et traversent la Manche cachés dans ce camion. Alors pourquoi les douaniers Français ne les interceptent-il pas ?

 

Pour contrôler un camion à 100%, il faudrait décharger toute sa cargaison et même en se contentant d'utiliser des détecteurs de chaleur et autres appareils, il faut du personnel, ça coûte de l'argent, cela prend du temps, ça retarde et mécontente le transporteur qui perd aussi du temps et de l'argent, et il faut encore multiplier le tout par le nombre de camions qui transitent chaque jour entre les deux pays… cela montre qu'il est impossible de contrôler parfaitement tous les camions, et qu'il est donc possible de passer entre les mailles du filet.

 


4. Comment a-t-on tenté de résoudre le problème ?


1ère étape : on n'a pas voulu voir le problème, on l'a donc traité par l'indifférence en pensant que les migrants finiraient par se résigner et rechercheraient un autre pays d'accueil. Mais c'était sous-estimer leur détermination. Ils se sont donc installés dans des campements de fortune notamment en s'abritant dans un immense hangar désaffecté de la compagnie Eurotunnel, à Sangatte.


2ème étape : on a voulu éliminer le problème, l'effacer, le gommer. A Sangatte, en 2002, on a donc envoyé des cars de police, des pelleteuses et des bus : pendant que les pelleteuses démolissait le hangar, la police éloignait les bénévoles et les journalistes pour ensuite regrouper les migrants par nationalité et les évacuer par bus vers des camps de rétention plus ou moins éloignés. Mais dès les jours suivants la plupart d'entre eux revenaient à Sangatte et dans la région de Calais où Ils ont alors été systématiquement dispersés par les "forces de l'ordre !" chaque fois qu'ils se regroupaient dans des "jungles" où ils ne pouvaient survivre qu'avec l'aide des associations humanitaires comme la Croix Rouge ou le Secours Catholique.


3ème étape : Sous la pression des médias et des associations, les autorités ont récemment tenté d'améliorer dans l'urgence, les conditions matérielles des migrants, qui deviennent de plus en plus nombreux : en quelques mois ils sont passés de 500 à 2500. C'est le cas du tout nouveau camp Jules Ferry, qui a ouvert ses premières installations provisoires, près de Calais, en janvier 2015, pour fournir des repas aux migrants, en attendant l'ouverture définitive, en avril 2015, qui offrira un accueil de jour pour les hommes, un centre d'hébergement pour les femmes et les enfants, des installations sanitaires, des points d'accès à l'électricité pour recharger les téléphones portables… Les anglais disent que ce centre risque fort de devenir un super Sangatte II, qui va attirer encore plus de migrants voulant se rendre en Angleterre, que ce centre va créer plus de problèmes qu'il ne va en résoudre….


4ème étape : le gouvernement, sensibilisé par le Secours Catholique aux difficultés vécues par les migrants de Calais, a finalement, en septembre 2014, missionné Jérôme Vignon, président de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, et Jean Aribaud, préfet honoraire, qui connait bien la région Nord Pas de Calais, pour aborder le problème sur le fond et élaborer, en lien avec tous les acteurs concernés, des solutions consensuelles et efficaces à la crise migratoire que connaît depuis plus de vingt ans cette région.

 


5. Quelles pistes explorer pour débloquer une situation qui, en l’état actuel, semble inextricable ?


La première piste serait de renégocier un accord avec le Royaume Uni pour qu'il rejoigne l'espace Schengen mais le Royaume Uni acceptera-t-il d'entrouvrir une porte d'entrée qui ne fera qu'accroitre l'afflux de migrants vers ce pays, dès que la nouvelle sera connue … ?


La deuxième piste serait d'offrir de meilleures possibilités d'intégration en France, solution qu'il serait sans doute plus facile de mettre en oeuvre si la France n'était pas en période de crise économique…


La troisième piste serait de mieux répartir l'effort d'accueil des migrants entre les différents Etats membres de l'espace Schengen. Cela suppose que les 26 pays membres harmonisent leurs politiques, leurs législations et leurs pratiques concernant les migrants, ce qu'ils ont déjà bien du mal à faire concernant les autres affaires…


La quatrième piste serait de fermer hermétiquement les frontières de l'UE et de repousser systématiquement à la mer tous les migrants qui débarquent sur nos côtes… ce que l'éthique et notre culture nous interdisent de faire…


La cinquième piste serait de tarir le flux migratoire à sa source, c’est-à-dire de trouver les moyens de résoudre tous les conflits, toutes les situations d'oppression, tous les problèmes économiques… qui poussent les migrants à quitter leurs pays pour venir chercher refuge chez nous. Cela supposerait une concertation internationale, un consensus et une bonne volonté de tous, ce qui ne sera sans doute envisageable qu'avec la création d'un gouvernement mondial…


Comme on le voit le problème des migrants de Calais n'est pas facile à résoudre parce que c'est un problème complexe, un symptôme local d'un phénomène national, européen et mondial. C'est une tâche de longue haleine qui demande intelligence et courage pour concilier réalisme et souci humanitaire…

 

 

6. La contribution du Secours Catholique

 

C'est une tâche à laquelle le Secours Catholique apporte une contribution irremplaçable, en se portant au secours des personnes en difficulté tout en s'efforçant d'éviter deux écueils : que les migrants ne deviennent dépendants de l'aide qui leur est apportée et que les autorités ne se déchargent du problème sur les associations humanitaires

 

Le Secours Catholique s'efforce donc d'une part de responsabiliser les migrants (en les informant sur leurs droits et en les aidant à se prendre en charge) et d'autre part il s'efforce aussi d'inciter les autorités à prendre leurs responsabilités (en sensibilisant l'opinion publique, en interpelant les responsables locaux, en menant des actions de plaidoyer auprès du gouvernement et des institutions… et quelquefois même, en interrompant totalement toute aide humanitaire pour provoquer un choc sociétal et obliger les autorités à réagir… !)   [cf. la vidéo ci-dessous]

 

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Dans cet article je me suis efforcé de présenter le problème des migrants de la façon la plus simple possible mais c'est en réalité un problème très complexe qui comporte beaucoup de facettes : politiques, sociales, économiques et surtout humanitaires. Pour une approche plus complète et plus nuancée du problème, j'invite le lecteur à consulter les articles très parlant que le Secours Catholique a publié sur son site national, sous le titre "Calais : l'urgence humanitaire".


vidéo : Et pour se faire une idée des conditions de vie des migrants et du travail que fait le Secours Catholique, il faut absolument visionner la vidéo ci-dessous : Calais, 10 ans d'engagement auprès des migrants.


                                                                      Gérard Pique

Article publié par Gérard PIQUE • Publié Vendredi 13 février 2015 • 2084 visites

La fermeture en 2002 du local de Sangatte, accueillant les migrants désireux d'immigrer en Angleterre, a mis la délégation du Pas-de-Calais devant l'urgence ...

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