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Histoire et analyse d'un colloque

Comment lutter contre le chômage, l'exclusion et la pauvreté

 

 

Les délégations du Secours Catholique

de la région Nord-Pas-De-Calais

organisaient

à la Chambre de Commerce et d'Industrie

du Grand Hainaut à Valenciennes,

un colloque sur le thème :

 

"Les chômeurs : ces frères et sœurs qui nous dérangent…

ou qui peuvent être notre chance."

 

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C'est Yves Ravalard (Président du Secours Catholique, Délégation Nord Cambrai) qui a ouvert la séance et donné la parole à Pascale Novelli (Responsable du département enquêtes et analyses statistiques du Secours Catholique) qui nous a présenté le dernier rapport statistique du Secours Catholique faisant apparaître la situation de plus en plus préoccupante des chômeurs en France.

 

Cette présentation a été suivie d'une table ronde animée par Régis Verley (journaliste européen, spécialiste des questions sociales).

 

  • Le but de cette table ronde était de :

 

"Partir des situations que nous rencontrons

 pour changer notre regard, notre comportement,

 et changer le regard de la société sur les chômeurs."

 

  • Prenaient part à cette table ronde :

 

Pierre Maréchal, Association Vestali, accompagnateur en insertion.

Gérard Marle, Prêtre accompagnateur du CCSC (Comité Chrétien de Solidarité avec les Chômeurs).

François Soulage, Président national du Secours Catholique.

 

  • Ont apporté leur témoignage : Valérie et Boniface

 

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Le témoignage de Valérie

 

On demande à Valérie de nous faire part de son expérience

Valérie raconte comment à la suite de son divorce, elle s'est retrouvée seule avec un enfant, sans travail, sans voiture et, de toute façon, sans permis de conduire. Elle nous explique combien de temps et d'énergie il faut dépenser, dans ces conditions, pour chercher quand même du travail, remplir des dossiers, envoyer plus de 100 lettres par semaine, avec le coût en papier et en timbres que cela représente, chaque lettre envoyée étant comme une bouteille à la mer… Il faut compter seulement une réponse pour 100 lettres envoyées, et la plupart du temps c'est une réponse négative : quand vous n'avez pas de voiture, pas de permis de conduire et en plus un enfant à mettre en garde, on ne veut pas de vous car tous les employeurs potentiels ne voient en vous qu'une source de problèmes à venir…

 

On demande à Valérie comment elle a finalement réussi à s'en sortir

Elle explique qu'il faut s'accrocher, aller vers les autres, reconnaître qu'on a besoin d'aide et faire face à ses problèmes ! Elle explique l'importance de se former mais aussi la difficulté de suivre une formation quand on a un enfant à charge et pas de voiture pour se déplacer. Elle raconte comment elle a dû, pour acquérir une qualification, accepter de faire des stages non rémunérés, ensuite aller de CDD en CDD avant d'être embauchée comme conseillère en insertion professionnelle à la Mission Locale de Villeneuve d'ascq.

 

On demande à Valérie comment on se sent quand on vit tout cela

Elle répond qu'on se sent frustrée, en colère, inexistant. Elle explique comment on a vite fait de perdre confiance en soi et qu'on est quelquefois tenté de se contenter des revenus de remplacement. Elle dit que bien sûr on a de la chance, en France, d'avoir le RMI et le RSA pour nous aider à survivre mais qu'on ne peut pas continuer à vivre comme ça toute sa vie…

 

On demande à Valérie si elle a trouvé de la solidarité autour d'elle

Elle répond qu'il est très important dans ces cas-là d'être soutenu par sa famille quand on a la chance d'en avoir une, ce qui n'était pas son cas. Elle dit qu'elle doit reconnaître qu'il y a dans le service public des professionnels qui font bien leur travail. Mais elle est surtout reconnaissante au Secours Catholique de l'avoir accueillie et soutenue dans toutes ses démarches. Elle regrette de ne pas avoir bénéficié plus tôt de cette aide qui lui aurait permis d'être plus efficace dans ses recherches et de perdre moins de temps dans ses démarches. Elle dit que c'est pour ça qu'elle est maintenant bénévole au Secours Catholique depuis plus trois ans, parce qu'elle veut donner aux autres ce qu'elle-même n'a pas suffisamment reçu.  (vidéo)

 

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Le témoignage de Boniface, footballeur professionnel

 

Boniface, originaire du Cameroun, explique qu'il a pu venir en Italie grâce à un contrat de travail en tant que footballeur professionnel. Mais lorsque le club qui l'employait a fait faillite, il s'est retrouvé au chômage et devant le paradoxe suivant :

 

  • En Italie : Il a le droit de travailler mais s'il ne trouve pas de travail il ne touche aucune indemnité de chômage.

 

  • En France : Comme il est venu dans un pays de l'Union Européenne avec un contrat de travail, il a le droit de venir et de vivre en France mais il n'a pas le droit d'y travailler ! Boniface a donc quand même choisi de venir en France, même s'il n'a pas le droit de travailler, parce venant du Cameroun, un pays anciennement colonisé par la France, il parle parfaitement le français.

 

Mais  Boniface explique qu'il ne veut pas vivre en parasite et qu'il rend service à la société française en travaillant dans un club de football en tant qu'entraineur pour les équipes de jeunes de ce club, bien sûr en tant que bénévole...

 

Boniface avoue qu'il a très peu de ressources, et que pour survivre, il lui arrive d'accepter des petits boulots, qu'il profite aussi de la solidarité d'un ami africain et il remercie surtout le Secours Catholique qui le soutient et qui l'aide à tenir.

 

Quand on demande à Boniface ce qu'il souhaite le plus, il répond : "Avoir le droit de travailler."

 

Quand on lui demande quel message il pourrait adresser à ceux qui se trouvent dans ce genre de situation, Boniface répond : "Il faut toujours garder espoir. J'ai eu la chance de rencontrer des personnes qui m'ont donné l'espoir. Je tiens à remercier le Secours Catholique pour son soutien : on ne peut pas s'en sortir seul, on a besoin du regard des autres pour y voir plus clair."  retour Flasmob envoyer

 

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Intervention de Pierre Maréchal

 

Pierre Maréchal travaille avec sa femme pour l'association Vestali en tant qu'accompagnateur en insertion.

 

  • Il explique qu'il est difficile de résoudre le problème de l'insertion dans un monde où il n'y a plus d'emploi

 

  • De plus, avant de trouver un emploi, il faut résoudre les problèmes en amont : problèmes de divorce, de perte de confiance en soi, d'isolement, de solitude et surtout… de culpabilité.

 

Pierre Maréchal poursuit donc son intervention en disant :

 

  • Notre premier objectif est donc de déculpabiliser les personnes qui se retrouvent au chômage en leur expliquant que bien souvent ils ne sont pas la cause de leur inactivité, en particulier dans le cas des firmes qui licencient alors qu'elles réalisent des bénéfices, tout simplement parce qu'elles veulent gagner encore plus argent.

 

  • Notre deuxième objectif est de créer une dynamique de groupe, de réintégrer les personnes sans emplois dans des réseaux de solidarité.

 

  • Notre troisième objectif est d'obtenir un véritable soutien des employeurs car trop souvent leur contribution consiste, pour obtenir des subventions, à créer des emplois qui n'en sont pas, c’est-à-dire des emplois temporaires qui ne débouchent pas sur une véritable insertion à long terme dans le monde du travail.

 

  • Notre quatrième objectif est de créer des emplois d'intérêt collectif qui, même s'ils ne sont pas générateurs de profits, ont du moins le mérite d'éviter de payer des gens à ne rien faire et aussi le mérite de donner aux personnes sans emploi le sentiment d'être utiles à la société.

 

  • Notre cinquième objectif cependant est d'aider les personnes sans emploi à acquérir les qualifications professionnelles qui leur permettront de trouver ou de retrouver un emploi stable, condition d'une véritable insertion sociale et  d'un retour à l'estime de soi.

 

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Intervention de l'abbé Gérard Marle

 

 Gérard Marle est Prêtre accompagnateur du CCSC (Comité Chrétien de Solidarité avec les Chômeurs). Il dénonce le manque généralisé de solidarité dans la société française qui globalement refuse d'écouter la parole collective des chômeurs.

 

Quand on lui demande comment il explique cette indifférence générale, il répond :

 

Écouter l'autre, c'est se demander : Que se passe-t-il dans l'autre ? Mais écouter celui qui est en train de mourir, c'est voyager dangereusement car, au bout du compte, il s'agit d'affronter la mort. Et peu de gens sont prêts à faire cela, ils préfèrent rester dans la sécurité et le confort d'une vie bien rangée.

 

On lui demande si les chômeurs ne pourraient pas se mobiliser pour se faire entendre.

 

Il répond qu'il est très difficile de susciter cette parole collective à cause de l'extrême variété des chômeurs : certains sont au bord du chômage mais espèrent encore préserver leur emploi, et pour ceux qui y sont déjà, la situation est vécue différemment par chacun : pour les uns, c'est avant tout un problème économique, pour d'autres un problème social ou familial, pour d'autres un problème d'équilibre psychologique… certains veulent à tout prix s'en sortir, d'autres sont résignés… Bref une des plaies du chômage, c'est que chacun se retrouve seul avec son problème.

 

Quand on lui demande si les hommes politiques ne pourraient pas intervenir, il répond :

 

Le chômage n'est pas un enjeu politique dans une société… qui accepte que certains deviennent de plus en plus riches et d'autres de plus en plus pauvres, où certains travaillent trop alors que d'autres ne trouvent pas de travail ou même n'ont pas le droit de travailler, où seulement 5 % des plus pauvres ont accès à la formation. Dans un tel contexte notre boulot est plus que jamais de soutenir la voix collective des chômeurs pour obtenir de vraies négociations.

 

Quand on lui demande pour quoi il veut négocier, il répond :

 

D'abord pour sortir des stéréotypes parmi lesquels celui qui consiste à considérer les chômeurs comme des paresseux et des fainéants. 900.000 d'entre eux sont en errance complète parce qu'ils ne trouvent pas de moyens de s'en sortir et que c'est pour eux le seul moyen de ne pas disjoncter complètement.

 

Ensuite pour obtenir un partage du travail, ce qui devrait être possible dans un pays où la productivité a été multipliée par deux en 120 ans puis par trois pendant les 50 dernières années.

 

Ensuite pour changer de mentalité, faire comprendre que notre identité ne se trouve pas seulement dans le travail mais aussi dans le bénévolat. On pourrait envisager aussi d'interdire le chômage et le remplacer par des emplois d'intérêt public.

 

Enfin pour obtenir des chefs d'entreprise qu'ils jouent le jeu dans le cas des emplois aidés pour que ces aides soient utilisés pour les plus pauvres dans un travail où ils produisent quelque chose plutôt que pour créer des emplois fictifs pour des gens qui n'en ont pas besoin et qui sont payés à ne rien faire.

 

Gérard Marle termine en disant : "Heureusement qu'il y a l'Église et les catholiques pour écouter ceux que la société ne veut pas entendre..."

 

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François Soulage : qu'est-ce qu'on peut faire ?

 

Chargé de conclure ce colloque, François Soulage, Président national du Secours Catholique, propose de répondre en trois étapes, à la question : "Que peut-on faire pour résoudre le problème du chômage? " :

Ce que l'on peut faire…

  1. Pour agir en amont du problème
  2. Pour agir à côté du problème
  3. Pour agir de façon directe

 

  1. Pour agir en amont du problème

 

  • Profiter de certaines occasions où les personnes au chômage viennent nous voir pour une autre raison (baptême, caté, messe de funérailles…) pour aborder le problème du chômage : plutôt que de dire : "ça ne fait rien si vous ne pouvez pas payer", profiter de l'occasion pour leur demander ce qui se passe et les inviter à parler de leur situation.

 

  • Pour aider les gens à trouver ultérieurement un emploi, on peut les préparer et les entrainer à passer un entretien. On peut aussi les aider à remplir un formulaire d'embauche, un CV etc.

 

  1. Les actions latérales

 

  • Parallèlement à la recherche d'un contrat de travail, il faut les aider à trouver une formation, un logement, à scolariser leurs enfants...

 

  • bref à tout prix éviter le phénomène d'exclusion sociale qui est l'une des conséquences les plus dramatiques du chômage.

 

  • Comme on l'a vu, l'emploi n'est pas un enjeu politique. C'est pourquoi depuis que je suis à la présidence du Secours Catholique, nous sommes en train de faire de l'emploi un enjeu politique. Avec 3.500.000 chômeurs dont certains ont plus de deux ans d'ancienneté, comment s'étonner de la montée en puissance de l'extrême-droite ?

 

  • Enfin rappelons que le Secours Catholique accueille 2.400 personnes par jour, des personnes qui nous disent : "Merci au Secours Catholique de nous aider à ne pas sombrer." car le Secours Catholique n'est pas seulement une association qui donne à manger, c'est un lieu où ils peuvent trouver des gens qui écoutent leurs problèmes dans le respect de la personne. François soulage propose même de remplacer les termes Accueillants et Accueillis par "Membres du Secours Catholique".

 

  • Le Secours Catholique donne aussi aux personnes accueillies la possibilité de se rencontrer au sein de groupes conviviaux pour échanger, s'entraider. Certains choisissent même de  devenir bénévoles à leur tour parce qu'ils ont compris que la meilleure façon de s'en sortir, c'est encore de se mettre au service des autres.

 

  1. Les actions directes

 

  • Orienter les personnes en recherche d'emploi vers les associations intermédiaires qui peuvent les aider à en trouver.

 

  • Leur expliquer qu'il est souvent plus avantageux d'accepter un emploi à temps partiel avec une fiche de paie déclarée que de travailler au black.

 

  • Aux prochaines élections municipales il faut mettre les chômeurs en face des candidats et leur poser la question : les emplois aidés sont pour qui ?

 

  • Profiter de ces élections (et de toutes les occasions) pour lutter contre tout discours d'exclusion. Faire prendre conscience que lutter contre l'exclusion, ce n'est pas seulement servir la fraternité, c'est aussi le meilleur moyen de lutter contre l'insécurité.

 

Bref, nous devons œuvrer pour changer le regard de la société ou la société elle-même… Peut-on, en effet, continuer à soutenir un système moribond qui repose sur la croissance à tout prix et qui profite surtout à certains, quel que soit le coût social pour les autres ?

 

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Monseigneur Garnier

 

Invité à prononcer le mot de la fin, Mgr Garnier, qui a suivi tous les débats avec une grande attention, commence par résumer le message clé de chacun des intervenants :

 

Valérie : "Je veux donner ce que je n'ai pas reçu."

Boniface : "Avoir le droit de travailler."

Pierre maréchal : "Nécessité de déculpabiliser les personnes"

Gérard Marle : "On ne veut pas écouter pas la parole collective des chômeurs : 300 chômeurs manifestent mais on continue. Heureusement qu'il y a les catholiques."

François Soulage : "L'emploi n'est pas encore devenu un enjeu politique de notre société."

 et : "Au Secours Catholique,  on ne fait pas de  différence entre les accueillants et les accueillis."

 

Mgr Garnier souligne le rôle grandissant que sont appelés à jouer les laïcs pour transformer la société. Il fait remarquer par exemple le rôle que peuvent jouer les laïcs en tant qu'aumôniers dans les hôpitaux, rôle qui n'est pas réservé aux prêtres. Mais il évoque ensuite la préoccupation des évêques devant la disparition des communautés de religieuses dans les quartiers les plus pauvres. Et il termine par cette boutade : Les gens disent, selon lui, : "Les religieuses sont nos Sœurs, les prêtres sont nos Pères. Quand on voit ce que font les Sœurs, on peut croire ce que les Pères disent !"

 

Sur ce bon mot, chacun s'est levé pour poursuivre ce débat par petits groupes, au cours du cocktail dinatoire qui a clôturé ce colloque.

 

 

Et dans la presse...

 

Dès le lendemain La Voix du Nord faisait état de ce colloque en écrivant notamment :

 

Ce colloque a été l’occasion pour le Secours Catholique de présenter ses propositions aux acteurs publics et économiques :

 

  • garantir un véritable accompagnement personnalisé vers l’emploi,
  • engager la responsabilité sociale des entreprises dans la lutte contre le chômage et la création de nouveaux emplois,
  • soutenir l’accès à l’emploi des jeunes, sécuriser les structures d’insertion par l’activité économique,
  • faire évoluer les contrats aidés pour les plus démunis, réformer le dispositif de soutien aux travailleurs pauvres,
  • orienter les dispositifs de formation professionnelle vers les chômeurs et les salariés peu qualifiés,
  • restaurer le droit au travail pour les demandeurs d’asile.

 

                                                                          Gérard Pique

 

 

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Article publié par Gérard PIQUE • Publié Dimanche 26 janvier 2014 • 1498 visites

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