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2. Que révèle le budget des ménages ?
Comment on sombre progressivement dans la pauvreté.

Les ménages...

Pouvez-vous donner quelques exemples de données statistiques qui ne sont pas évidentes à comprendre pour le commun des mortels ?

Et bien par exemple, une donnée importante qui intervient souvent dans les données statistiques, c’est le  budget des « ménages ». Ce terme est d’autant plus important à comprendre que le Secours Catholique a réalisé cette année, en plus du rapport statistique sur la pauvreté en France, une étude statistique spécifique sur le budget des ménages.

 

Mais tout le monde sait bien ce que c’est qu’un ménage ?

Justement oui et non, d’où une confusion et une incompréhension possible. Dans le langage courant, pour constituer un ménage, il faut au minimum deux personnes, un homme et une femme, avec éventuellement un ou plusieurs enfants. Mais pour les statisticiens, un ménage ce sont toutes les personnes qui vivent sous le même toit et qui gèrent un budget en commun. Cela peut être tout aussi bien une famille traditionnelle qu’une famille monoparentale, ou même une seule personne.

 

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Les ressources disponibles...

Y a-t-il d’autres données statistiques importantes à comprendre pour appréhender la réalité de la pauvreté en France et en particulier en ce qui concerne le budget des ménages.

Oui, le rapport statistique aborde de multiples aspects de la pauvreté, mais le budget des ménages est une façon pertinente et abordable de donner un aperçu de ce qu’est la pauvreté. Alors le premier concept par lequel il faut commencer pour comprendre le budget des ménages et le rôle qu’il joue dans la pauvreté, c’est celui de « ressources disponibles ». Les ressources disponibles, c’est l’argent qui rentre dans le foyer sous la forme d’un salaire pour ceux qui ont la chance de travailler, d’une allocation chômage pour les autres, d’une retraite, des loyers perçus, etc

 

En quoi ce premier concept permet-il déjà de comprendre ce qu’est la pauvreté ?

Et bien par exemple les familles monoparentales sont celles qui dépendent le plus des prestations sociales, et plus il y a d’enfants, plus il est difficile à un parent seul d’occuper un emploi tout en élevant ses enfants. Le revenu disponible des familles monoparentales est donc souvent plafonné à leurs prestations sociales. Un autre exemple encore plus flagrant où le revenu disponible est handicapant dès le départ et même totalement disqualifiant : c’est le cas des migrants en situation irrégulière, ils n’ont droit à aucune prestation sociale et ils n’ont pas le droit de travailler. Alors comment faire ? Leur revenu disponible est nul.   (voir les ressources disponibles)

 

Les dépenses pré-engagées...

Mais ceux qui viennent demander de l’aide au Secours Catholique ne sont pas  tous des migrants, les autres ont un revenu disponible dont ils peuvent donc disposer comme ils veulent ?

Justement non, le terme « disponible » est trompeur car du revenu disponible il faut soustraire d’emblée ce que les statisticiens appellent les « dépenses pré-engagées ». Ce sont les dépenses non négociables qui résultent d’un engagement à long terme, par exemple l’eau, le gaz, l’électricité, le téléphone, et surtout le loyer. Ainsi pour les personnes qui viennent demander de l’aide au Secours Catholique, le montant médian de leurs dépenses pré-engagées s’élève à 604€, soit 56% du montant médian de leurs ressources disponibles. 

 

Pouvez-vous donner un exemple qui montre l’impact des dépenses pré-engagées sur des gens qui sont déjà en situation précaire ?

Oui, prenons l’exemple d’un couple de retraités dont les deux petites retraites cumulées leur permettent de payer leur loyer. Quand l’un d’eux décède, il n’y a plus qu’une seule retraite sur laquelle payer le loyer, qui lui n’a pas changé. C’est comme si le loyer avait doublé d’un seul coup, et cela (ajouté à la douleur de perdre un être cher et la difficulté de devoir s’habituer en à vivre seul) peut entrainer quelqu’un dans la spirale de la pauvreté, voire de la grande pauvreté.   (voir les dépenses pré-engagées)

 

Les dépenses contraintes...

Alors après avoir retranché les dépenses pré-engagées, soit 56% de leurs ressources disponibles, il leur reste encore 44% de leurs ressources de départ pour faire ce qu’ils veulent ?

Non, car il faut encore retrancher ce que les statisticiens appellent les « dépenses contraintes ». Ce sont toutes les dépenses qui ne résultent pas d’un engagement à long terme mais qui sont quand même des dépenses inévitables et souvent imprévisibles, par exemple le coût pour aller au travail ou faire les courses, pour remplacer le portable qu’on vient de vous voler ou pour se faire soigner quand on est malade... Quand on déduit encore toutes ces dépenses, qu’on n’a pas choisies, on obtient ce que les statisticiens appellent le « reste à vivre », qui représente 35 % de leurs faibles ressources. Un reste à vivre dont certains disent qu’il serait plus juste de l’appeler reste à survivre. Car le reste à vivre médian des personnes qui viennent demander de l’aide au secours catholique est de 160€ par mois, soit 9€ par jour. Que voulez-vous faire avec ça ? C’est  à peine de quoi se nourrir !  (voir le reste à vivre)

 

Finalement...

Alors au bout du compte, que ressort-il de tous ces chiffres et de tous ces concepts ?

Que pour toutes ces personnes, chaque jour est une lutte pour minimiser les privations pour les enfants, quitte à ne pas manger soi-même. Chaque jour est une lutte pour supporter le poids des préjugés, pour éviter les impayés qui peuvent faire plonger dans l’endettement ou mener à une expulsion. Pour affronter toutes ces difficultés, il faut apprendre à gérer son maigre budget, souvent recourir à la débrouille, mais aussi faire preuve d’un courage et d’une persévérance exceptionnelle pour ne pas sombrer...

 

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Article publié par Pique • Publié le Lundi 14 décembre 2020 • 92 visites
Le bonheur d'avoir une famille, mais aussi un budget à gérer...

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